cérémonie commemorative des combats du 09 et 10 juin 1940: 17 juin 2018 ( voir notre page agenda)

16-17 juin 1940: Les combats  dans l’Aube où la mort du régiment

 

 

Les soldats du 15-1 se battent depuis 8 jours sans avoir un instant de répit
Depuis l'offensive sur l'Aisne du 9 juin et après deux jours de résistance acharné ils doivent battre en retraite submergé par le nombre et la puissance mécanique de l'ennemi

Le repli est ordonné à partir du 10 juin au matin. Le Lieutenant -Colonel DAVAL maintient le régiment en bonn

1e ordre malgré une très forte pression ennemi .
Proche de ces hommes, Alfred DAVAL , apprend par les messagers l’état des pertes et en est très affecté.
Dans les jours qui vont suivre, le régiment combat pas à pas .A chaque endroit ou il est possible de tenir , l’intention première est de retarder la progression de l’ennemi . Le régiment contourne notamment Reims, puis rejoint successivement Bezannes, Ludes, Tours sur Marne, Pouan les vallées et Villechetif. De nombreux accrochages auront lieu tout au long du parcours. Au cours de la retraite , le Lieutenant-colonel DAVAL prescrit à ces officiers et sous-officiers de tenter de remonter le moral des hommes . Malgré tout , l’ordre et la discipline règne .Chaque soldat essaie de rejoindre au plus vite les plus gros éléments du régiment. Le plus gros problème est la fatigue car les hommes ne dorment pratiquement pas depuis les premières heures du 9 juin .


16 juin : derniers combats :
(les lettres majuscules correspondent au plan de Vougrey)


Le 16 juin vers 1 heure du matin le Lieutenant Colonel quitte le village de Villechetif et se dirige vers la Seine pour la franchir. La décision est prise de la passer à Courtenot , sur un des ponts qui n’a pour l’instant pas sauter .On constitue un élément de reconnaissance ,dont Alfred DAVAL fera lui même parti .Il monte dans sa voiture avec un lieutenant et accompagne le groupe composé de 3 motocyclistes , une chenillette et 3 camions où embarquent un petit nombre de fantassins .Les motocyclistes arrivent en élément avancé à proximité du pont au lever du jour et aperçoivent un petit groupe de soldats allemands .La chenillette étant blindé passera la première .L’accrochage est bref mais intense car l’élément ennemi n’est constitué en fait que de quelques motocyclistes. Tous les soldats français jusqu’au Colonel tirent et les Allemands se replient.

 

Le pont de Courtenot permettant le franchissement de la Seine

 

Ayant reçu l’ordre pour son régiment de stationner le 16 juin , à Vougrey, petit hameau au nord de Chaource , les restes du régiment sont orienté vers le hameau afin qu'ils s'y installent .
Ces premiers éléments y arrivent un peu avant midi .Le Caporal Jean BERNARD en fait partie .Il constate qu' un avion allemand les survolent . Celui ci lâche une fusée blanche. Ils savent alors qu'ils sont d'or et déjà repérés.
Ces éléments sont commandés par le Commandant DAVEAU, adjoint du Colonel .Il fait établir le Poste de Commandement dans une grande bâtisse muni de nombreuses portes et fenêtres appartenant à la famille Gobin (B) et le reste des soldats se mettent en position dans les fermes et maisons alentours .

 

 

Le bâtiment principale de la ferme ou s'installe le poste de commandement tel qu'on pouvait le voir à l'époque

 

C'est alors que le Colonel arrive vers 13h30.Il y retrouve une partie de son état major et quelques uns de ses officiers et sous officiers
On estime l'effectif du personnel défendant le secteur de Vougrey et des Bordes à une centaine d'hommes, la majeur partie se trouvant à Vougrey. Le Lieutenant GUILLOUET, commandant la 3ème compagnie ,se positionne sur ordre avec le reste de ces hommes au hameau des Bordes à proximité de Vougrey.

Le Lieutenant Colonel Alfred DAVAL , quelques temps avant de rejoindre le régiment


Malgré la demande de certains de ses soldats , Alfred DAVAL rétorque ,à leurs demandes qu'il parte en avant , que son devoir de Chef de Corps est de demeurer avec son régiment et demande à ses soldats de stationner dans le hameau afin d'y attendre les restes des 3 bataillons

Des habitants de Lantages se souviennent l'avoir rencontrer vers 14h30.Lors d'une courte discussion, il conseille aux habitants de ne pas partir sur les routes au vu du danger que cela représente mais simplement de trouver un abri en cas de bombardement ou de combats. Il leur dit également qu'il prévoit un grand combat au carrefour. Ce qui impressionne les habitants tout comme ces soldats, c'est son très grand calme.

 

Vue aérienne de Vougrey montrant les différentes positions de l'organisation défensive du hameau .Les lettres font référence à celle qui se trouve  dans  le  texte

 

Vers 16h le Colonel apprend l'attaque par des éléments blindés ennemis des Bordes, hameau voisin de Vougrey .Le Lieutenant Maurice GUILLOUET ainsi que le Caporal Chef Jean LEMAHIEUX vont y trouver la mort au détour d'une maison . Peu avant midi , Maurice GUILLOUET accueille des éléments provenant de différentes compagnies et qui ont à leur tête le Capitaine DENEFLE .Celui ci informe le Lieutenant que des éléments ennemis le serrent de prés .Peu de temps après son arrivée , l’ennemi est déjà là et le combat est engagé .
Après une fusillade intense , l’ennemi se replie avec de nombreux tués et blessés. L’ennemi se réorganisent et revient environ une heure après avec l’appui de canons et de mortiers et déclenchent un barrage d’artillerie puissant sur les Bordes .Les éléments français se sont repliés dans la forêt et ne le subissent pas .Ils prennent la direction de Vougrey et le Capitaine DENEFLE informe le Lieutenant Colonel DAVAL dés son arrivée

L'entrée du hameau des Bordes ; c'est à proximité de ce croisement que le Lieutenant GUILLOUET ( photographie  à  droite )  et le Caporal Chef LEMAHIEUX trouvent la mort

 


Vers 17h 30, le colonel rentre au PC (B) pour rejoindre les défenseurs du lieu. Il vient de faire mettre en batterie (par les soldats de la compagnie régimentaire d’engins) le dernier canon de 25 mm du régiment en direction du carrefour central du hameau ( C).Peu de temps après , le canon tire son premier obus sur une automitrailleuse ennemie se présentant .
 

Le canon de 25mm est installé à gauche de la petite porte .

La maison sera occupé entre autre par le Capitaine BLACHAS et le Lieutenant SCHILLING

 

Dés le premier obus , le véhicule ennemi est mis hors de combat .Le Capitaine BLACHAS , de la compagnie divisionnaire anti-char prend la place du tireur et continue à ouvrir le feu sur l'assaillant .

" Nous voyons arriver l'automitrailleuse qui venait des Bordes par la Rocatelle ( lieu dit sur la route venant de Jully sur Sarce ) et prendre le chemin de terre .On laisse s'avancer le véhicule à peine à 50 mètres .C'est un spectacle terrible et fascinant ! Le coup part et arrive en plein but !.... (Jean BERNARD, Caporal Chef au PCRI)"

 

Vue du carrefour central du hameau pris de la position du canon de 25 mm, c'est là que l'automitrailleuse sera détruite

 


Alors que le dernier survivant de l'automitrailleuse vient d'être abattu par le soldat DUCOIN, les différents soldats sortent de leurs positions. Au environ de 18h , tout le monde est en position alors que le soldat CAFFI , positionné dans les écuries ( G) de la ferme principale aperçoit un groupe ennemi arrivant par le Nord dans un chemin creux .Il tire sur ce groupe et en abat trois mais lui même est mis hors de combat et se replie dans la maison du PC (B).Il se fait pansé par le pharmacien du régiment , le Lieutenant OUDOT.

" Je suis positionné derrière un tas de fagot à l'angle de la grande battisse et Enzo Caffi occupe l'angle des écuries .Il me signale qu'il voit quelques soldats allemands disposés en tirailleurs et qui avancent prudemment .Il est évident que , dans ce genre de combat , on observe un silence total ! ....Puis brusquement , Caffi me prévient qu'il va tirer au pistolet , à découvert et me demande de le couvrir .Il réussit à en descendre 2 ou 3 allemands , mais touché par balle dans la région du coeur , il doit se replier vers le poste de secours .( Jean BERNARD , Caporal Chef au PC RI ) "

L'ennemi s'installe au coin nord est de la ferme (B) avec une mitrailleuse qui leur permet de balayer la cour de la ferme .Cependant, il n'ose y pénétrer. Ils font de brèves reconnaissances prés des fenêtres de la bâtisse et tirent si les défenseurs de la battisse se montrent. Vers 18h30, des grenades sont lancées avec l'intention d'incendier différentes parties de la ferme. Ce qui a pour effet de mettre le feu au tas de fumier dans le milieu de la cour, aux écuries et à l'étable ainsi qu'aux gerbes de pailles entreposées dans le garage entre le plafond et le toit.


le coin nord est de la bâtisse ( en haut à droite de la photographie ) .C'est à ce niveau que s'installe l'ennemi , probablement à proximité des arbres .

Cette position leur permet de voir l'intérieur de la cour

 

 

Le Capitaine BLACHAS et le Lieutenant SCHILLING dans la maison ou ils sont postés (E) , essaient au mieux d 'organiser la défense en plaçant les hommes face au point ou l'ennemi se révèle .Ils le voient apparaître venant du sud sur la route de Lantages et se dirigeant vers le carrefour central du hameau (C) .Ils se défilent en passant devant le poste de secours (D) et le Capitaine BLACHAS ouvre le feu .Mais l'inégalité du combat commence à se faire sentir .Les valeureux soldats français n'ont que des armes individuelles et un canon de 25 mm à opposer aux automitrailleuses et armes automatiques et collectives allemandes .De plus, le nombre croissant d'ennemi apparaissant à différents endroits fait craindre le pire .Vers 19h au PC , on avertit le Capitaine MALFRE et le soldat LAURY , positionné dans la cuisine , qu' un groupe d'allemands approche par le nord et qu'on les voient par la fenêtre de la cave .Il s'y rendent et abattent plusieurs allemands .Le Caporal Chef WINOCKOUR fait feu sur les assaillants progressant sur la bute qui domine au nord le PC .

Vers 19h30, la porte faisant communiquer la cuisine et le passage couvert prend feu par le bas. Faute d’eau , il sera éteint avec du vin .Mais l’incendie, allumé voilà maintenant une heure, progresse vers la partie principale de la maison. C'est peu de temps après que le Colonel DAVAL, craignant que l'incendie envahisse le corps principal de l'habitation, prend la décision d'évacuer le PC (B). Il a peur que tout le monde soit " grillé comme des cochons là dedans " selon ces termes. Ayant réuni les personnes qui se trouve autour de lui , il expose en quelques phrases simples et directes les dangers de continuer un combat presque au corps à corps et sans certitude de vaincre .Il montre que la maison se transforme en souricière et va bientôt être la proie des flammes .Il sait très bien que l'ennemi ne fera pas de cadeau à des soldats ayant combattus aussi longuement
 

 

La cuisine et le petit passage couvert donnant par une petite porte accès à la rue par la cour .

On peut voir encore que la poutre est complètement noir suite à l'incendie des gerbes de paille dans le grenier attenant

 

Le seul salut est donc dans l'audace en sortant un par un . Alors qu'il donne ces ordres et demande un volontaire pour traverser la cour et rejoindre une autre habitation du hameau, personne ne se présente. Il décide donc d'être alors "le volontaire".

C'est alors que ,se munissant d'un fusil dans la main droite , le casque sur la tète comme n'importe quel autre soldat, il s'approche de la porte centrale de l'habitation (B). Il l'ouvre et descend les 3 ou 4 marches du perron en deux enjambées. Il se lance au pas de course dans la cour afin de gagner la route qui passe devant la cour et rejoindre l'habitation qui se trouve en face (E). A peine est il arrivé au milieu de la cour qu'une première rafale d'arme automatique se fait entendre .Tout le monde voit le colonel s'écrouler , son casque roulant à terre .Une balle vient de lui frapper la tête. Il tente de se redresser sur ses mains mais une deuxième rafale vient l'immobiliser pour toujours. Personne ne peut intervenir dans cette cour, balayer par les armes automatiques. Tout le personnel a le désir de récupérer au plus vite et à tout prix le corps du Colonel.


 

dans la cour de la ferme , Jean BERNARD explique au fils ( en face de lui ) du Lieutenant Colonel DAVAL les événements de l'après midi du 16 juin.

Ils sont à l'endroit même ou Alfred DAVAL s'écroule .On aperçoit sur la droite la porte principale de la maison d'ou s'élance le Lieutenant Colonel . (famille DAVAL)

 

   

le casque du Lieutenant Colonel Alfred DAVAL ( Amicale des anciens du 151éme RI ) .A droite ,la double porte de la bâtisse centrale vu de l'intérieur .Les marches ont été modifiées .
C'est de là que le Lieutenant Colonel DAVAL s'élance pour traverser la cour
On peut facilement s'imaginer le très petit champ de vision dont il dispose sur ce qui se passe à l'extérieur .

 

 

"Le Colonel préfère tenter une sortie et nous voyons la porte de la grande bâtisse s'ouvrir .Il s'apprête à s'élancer .Je lui hurle d'attendre d'être couvert car je suis à peu prés certain que des tireurs sont en embuscade vers l'angle des écuries que Caffi et moi nous avons du abandonner quelques temps avant.Le Colonel hésite un peu puis se précipite vers le petit mur prés du petit garage
Malheureusement , une rafale part et le fauche .Instinctivement , il essaie de ramper mais une deuxième rafale l'achève .Il est impossible de tenter quoi que ce soit car les Allemands balaient la cour de la ferme de leurs rafales....( Jean BERNARD , caporal chef au PCRI)."

"...les mitrailleuses ennemies rentrent en action et les balles sifflent , nombreuses autour de nous :l'une d'elle atteint le Colonel DAVAL en plein front .Il meurt le fusil à la main , comme l'on fait depuis 7 jours des centaines de braves de son régiment ...( Aspirant Raymond BOVERAT , compagnie régimentaire d'engins )

L'Aspirant Raymond BOVERAT , chef de section de la compagnie régimentaire d'engins, à Metz en juillet 1939 et

en 1944 après ces multiples évasions alors qu'il s'est engagé dans les parachutistes du Spécial Air Service

 

Les défenseurs du PC continuent à ce battre jusqu'au environ de 20h .Des civils s'étant cachés pendant la matinée dans les bois avoisinants diront que la fusillade durera toute l'après midi .Le Capitaine BLACHAS et le Lieutenant SCHILLING, vers 20h 15, regardent par une fenêtre dans l'entrebâillement des volets (E) ce qu'il se passe réellement et notamment dans la cour du PC(B). A ce moment , ils aperçoivent le corps du Colonel et veulent s'y rendre . Après une tentative infructueuse , ils sortent tous les deux par un soupirail et bondissent dans la cour du PC qu'ils traversent sans y être inquiétés. Une brève accalmie semble se dessiner.

Ils font un rapide compte rendu de la situation au commandant DAVEAU .Celui ci , qui vient de prendre le commandement du régiment , décide d'évacuer le PC(B) .Tout le personnel , homme par homme se rendra au pas de course dans un hangar ( G) situé derrière le jardin de la maison (E ).Cela s'exécute rapidement .Il est alors 21 h.

C'est à cette heure que le Sous Lieutenant ROUSSEL arrive et entre dans la grande battisse qui abritaient les téléphonistes ( F) .Il appelle mais personne ne répond.
Depuis 15h30 , le Sous Lieutenant ROUSSEL essaie de rassembler le maximum de soldats entre Courtenot et Vougrey grâce à une voiture qu'il a pu récupérer à Lusigny
Mais à 16h30 , faute de carburant il est contraint de s'arrêter .C'est alors qu il rencontre l'adjudant Chef CAUDRON .Ils repartent vers Vougrey .Alors qu'ils arrivent avec quelques hommes à 300 mètres du hameau , des soldats du régiment abrités dans les fossés de la route , leur indiquent que l'ennemi attaque le PC et qu'eux même sont harcelés par des rafales d'armes automatiques
Voulant à toutes fin rejoindre les éléments du PC ils décident de contourner par Lantages ou ils retrouvent le Capitaine CLAUDEL et le Commandant ULMANN à qui ils indiquent la situation critique du PC
Accompagné d'un petit groupe d'homme ils réussissent à rejoindre Vougrey par l'Est en rampant après avoir été inquiété par une automitrailleuse. Sorti dans la cour de l'habitation (F) ce petit groupe ne constate aucun mouvement dans le hameau , ce qui leur fait penser que Vougrey a été évacuer. C'est alors qu'ils reçoivent des coups de feu provenant d'une habitation voisine ( D) , ils pensent que c'est l'ennemi qui arrive et au vu de leur infériorité en nombre décide de retourner vers Lantages

C'est par l'arrière de cette bâtisse que le Sous Lieutenant Roussel pénètre dans Vougrey avec le petit groupe qu'il a constitué dans les villages alentours.

 

Pour les hommes du PC (B) à ce moment là , l'objectif est alors de rassembler le maximum de personnel et de sortir du hameau de Vougrey à la faveur de la nuit.
Vers 22h , il fait nuit noire , sans lune .Un silence pesant règne , troublé seulement par le grésillement provoqués par les incendies allumés lors des combats
Prudemment , les hommes sortent de leurs emplacements de combats et constatent que les Allemands se sont repliés

Des petits détachements, au nombre de 4, sont constitués, afin de prendre la direction de Dijon. Le Sous Lieutenant LAYRAC a pour ordre de faire sauter ou d'incendier les dernières chenillettes , camionnettes et voitures situées dans différents hangars du hameau (G et un autre aujourdhui détruit) .

"Nous décidons en effet de tenter d'échapper à l'ennemi à la faveur de la nuit , chacun des officiers emmenant un certain nombre d'hommes .Je démonte la culasse de mon canon et la fait jeter dans le puits , nous mettons hors de service mes deux mortiers et je fais brûler la chenillette .... (Aspirant Raymond BOVERAT, compagnie régimentaire d'engins)

Un officier s'avance avec le drapeau du régiment , fièrement gardé depuis le début du conflit , et l'incline vers la flamme .Tout le monde est aux aguets , en cas de retour , bien improbable cependant de l'ennemi. L'emblème brûle tout entier.
Un grand vide est ressenti par tous les soldats présents .Après la mort du Colonel , voici le deuxième symbole du régiment qui disparaît .Le régiment vient de s'éteindre . Pas une parole n'est échangée pendant quelques minutes

Pendant ce temps le Lieutenant SCHILLING fait le tour du hameau et rassemble le personnel. Le Lieutenant WEIL et OUDOT, dentiste et pharmacien du régiment, reçoivent l'ordre de partir avec trois blessés, inaptes à la marche, dans la voiture sanitaire. Les 4 groupes quittent successivement le hameau à partir de 22h30 .Ces groupes sont composés d'environ 2 à 3 officiers, et d'une dizaine de soldats .Quelques éléments du régiment sont encore dans les hameaux avoisinant , notamment à Lantages .
 

Le Sous Lieutenant Paul Amos , commandant une section de la 5éme compagnie , tombera les armes à la main au soir du 16 juin avec une dizaine de soldats du 80éme RI à Pargues à quelques kilomètres de Vougrey .

       

A  gauche  ,le Sous Lieutenant Paul AMOS , de la promotion " MARNE ET VERDUN de l'école de Saint Cyr .
Affecté au 151éme Régiment d'Infanterie , il est fait chevalier de la Légion d'honneur et détenteur de la croix de guerre 39-45 .Il sera cité à l'ordre de l'armée :

" Jeune officier d'une haute valeur morale et d'un courage éprouvé .Le 9 juin 1940 sur l'Aisne , a , au péril de sa vie , fait sauter un pont sur lequel l'ennemi prenait pied.

A combattu avec une farouche énergie de l'Aisne à la Seine , du 9 au 17 juin .A été tué au cours de l'attaque du village de PARGUES" .

A  droite la sépulture de Paul Amos au cimetière militaire provisoire de Pargues.
Il ne fut jamais inhumé dans un cimetière national car sa sépulture disparut avant que le service des sépultures ne viennent dans les années 1950.

L'association , en rapport avec la famille , est aujourd'hui à la recherche de la sépulture du Sous Lieutenant .

 

 

Malgré l'encerclement dont ils font l'objet , la volonté est de ne pas se rendre

" Je pars le premier , avec une dizaines de mes hommes , y compris Bigot , mon ordonnance , qui ne m'a jamais quitté .Nous rampons dans l'obscurité pendant environ 400 mètres , et la nuit étant très obscure, nous parvenons à passer sans donner l'éveil entre les boqueteaux d'où les Allemands nous tiraient dessus à la tombée du jour .Encore quelques centaines de mètres de marche silencieuse , et nous avons franchi le cercle des Allemands .Nous voilà encore en liberté ...(Aspirant Raymond BOVERAT , compagnie régimentaire d'engins )


Dés 4 groupes quittant Vougrey , celui du Commandant DAVEAU quittera le hameau en dernier .Le Caporal Chef Jean BERNARD en fait partie .

" Je fait partie du groupe du commandant DAVEAU qui évacue le hameau en dernier et nous prenons la direction de Chaource. Nous laissons là le corps de notre malheureux Colonel .Deux blessés sont avec nous : le 1ere classe CAFFI , avec une balle dans la région du coeur , et le 1ére classe André BODIN , ancien ordonnance du Colonel De Lattre de Tassigny , atteint de quelques éclats au visage .

Nous marchons comme des automates , le cerveau vide de toutes pensées , seul surnage la volonté de s'en sortir au terme d'une retraite de plus de 300 kilomètres , sans renforts , sans ravitaillement et dans une chaleur caniculaire .
Le brouillard qui tombe est de plus en plus épais au fil de la nuit .Curieusement nous ne ressentons pas la fatigue mais la nuit nous parait glacial car nous sommes trempés de sueur. Caffi s'appuie de plus en plus sur moi et peine à suivre. Tout à coup , nous percevons des bruits de moteurs et des appels difficiles à identifier .Au fur à mesure de notre avance , il devient évident que les appels sont en allemand .Le Commandant DAVEAU nous fait stopper dans un champ de blé .
Le jour commence à se lever et le brouillard blanchit .Brusquement, à très peu de distance se produit un accrochage : coups de feu , rafales , commandements et cris en français et en allemand puis au bout de quelques instants , c'est à nouveaux le silence . Le brouillard se lève rapidement et nous distinguons alors la silhouette de 3 ou 4 chars et un grand nombre de soldats allemands .Le choix d'un nouveau combat ne peut être envisagé et amènerait obligatoirement à la mort de tous les soldats du groupe .Le Commandant Daveau noue un mouchoir blanc à sa canne et nous fait lever en signe de reddition .Quelques allemands s'approchent , mitraillettes braquées sur nous et nous font désarmer
Par réflexe des consignes données au cours de nos instructions militaires , je me débarrasse de mon livret militaire et le piétine dans la boue .Cela me causera pas mal d'ennuis après mon évasion , me retrouvant ainsi sans aucun papier d'identité . Un général allemand échange avec le commandant DAVEAU un bref salut et s'informe tout d'abord des blessés . Caffi , toujours appuyé sur moi écarte les brancardiers allemands venus l'aider et se tourne vers le général allemand et lui adresse les mots suivants : " mon Général , un soldat français , même blessé , peut marcher seul " et se dirige sans aucune aide vers l'ambulance. Nous sommes regroupés dans une clairière où nous rejoignent des prisonniers de divers régiments .Nous passons la nuit dans une prairie près de Maisons les Chaource , puis débutent les longues et harassantes marches vers divers camps de rassemblements de prisonniers . Nous remâchons durant cette période notre amertume et notre rage .Nous repensons souvent à nos camarades tombés sur le champs de bataille depuis le 9 juin , jour de l'attaque sur l'Aisne ...... (Caporal Chef Jean BERNARD, PCRI)

 

"Au petit jour le 18 juin , nous découvrons un hameau à la lisière d'un bois .Avisant une ferme située à 100 mètres de l'agglomération , nous y entrons .Les paysans qui l'habitent ne l'ont pas abandonnée .Ils nous disent que nous sommes à Quincerot , dans l'Yonne à 20 km de Vougrey, puis ils nous offrent à boire et nous donnent de l'eau pour nous laver ...
L'un d'eux , étant allé au village , revient nous dirent que les Allemands sont passés hier et ont déclarés qu'ils fusilleraient les habitants des fermes et du village cachant des soldats français .Il faut donc partir encore , mais cette fois je sens bien que c'est la fin et que nous allons être pris .Au moins que nos armes ne tombent pas au mains des Allemands ! Sitôt rentrés dans le bois , je les fais cacher dans des fourrés, puis nous nous remettons en marche en direction du sud ouest
Mais nous n'avons même pas fait un kilomètre lorsqu' en traversant une prairie , nous voyons sortir d'un boqueteau , à 150 mètres de nous une patrouille allemande , dont les 7 ou 8 hommes nous mettent en joue .Il est environ 15 heures , il n'y a rien à faire que de lever les mains !.... (Aspirant Raymond BOVERAT, Compagnie Régimentaire d'Engins) "

 

A la demande de quelques officiers et sous officiers prisonniers du régiment , le corps du Lieutenant -Colonel sera transporté et inhumé à Chaource dans le jardin derrière l'école des filles , après que les honneurs militaires lui soit rendu par ses soldats , tout comme le Lieutenant Guillouet. Alfred DAVAL repose aujourd'hui au cimetière de Seyne les Alpes près de sa famille
 

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