L'association 15-1 juin 40 vous informe que sa ceremonie commemorative aura lieu le 17 juin 2018

- Sous-lieutenant François VILLEY-
-Compagnie divisionnaire antichars-
-commandant le point d’appui de Merlet-

 

 

La guerre 39-40 à fortement marqué toue ma vie .Cette période , l’une des plus sombres de notre histoire, s’es manifesté pour moi par une guerre très dure aux avant poste en Lorraine , à laquelle ‘ai participé très jeune , guerre qui s’est terminé le 9 juin 1940 en Champagne ,par une grave blessure à laquelle j’ai miaculeuseument survécu.
Guerre très dur - ai-je dit –qui n’a rien de commun avec ce qu’on a parfois appelé la drole de guerre , lorsqu’une grande partie de l’armée attendait jusqu’au choc de Mai 1940.Il en fut autrement pour moi .En effet la guerre m’ a surpris à Metz alors que je faisais mon service militaire dans un régiment actif , le 151ème Régiment d’Infanterie .En raison de son role de couverture , ce regiment d’elite passé la plus grande partie de la guerrre 1939-1940 en Lorraine, au contact direct
C’est dire que cet hiver 1939-1940, particulierement rigoureux ,ou nous vivions dans les tranchées à la belle étoile , dans la boue et dans la neige , soumis aux tirs et aux de mains ennemis , a été très dure épreuve pour tous ceux qui dans ce régiment
Après ce long hiver terrible en Lorraine , l’attaque allemande du 10 mai 1940 nous transporta en champagne au nord de Reims , ou nos allions subir l’assaut final .La blessure qui a terminé pour moi cetyte drolede guerre ( une balle de mitraillette me traversé la poitrine de part en part ) aurait du etre fatale .Mais par une chance providentielle , la balle tirée presque à bout portant , entré dans l’épaule droite et rssortie dans le dos , n’a touché aucun organe vital , en sorte que j’ai toujours eu le sentiment d’avoir d’avoir miraculeusement épargné par la Providence et d’etre un mort en sursis .J’ai souvent songé , depuis , au destin de l’un de mes sergents qui a recu comme moi une balle dans la poitrine et qui est tombé mort à es pieds quelques secondes avant que je sois moi meme mis hors de combat , alors que que les premiers élements ennems surgissaient dans la tranchée.

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9 juin -L’assaut

 

Le 9 juin 1940 , restera pour moi et pour mon régiment une journée tragique et inoubliable .Ce jour la en effet , le régiment qui occupait depuis le mois de mai des positions hâtivement constituées en Champagne , non loin de Reims , a reçu de plein fouet la formidable attaque allemande qui en 48 heures , a tout balayé , réduisant à néant le plan de notre état major qui était d’établir une dernière ligne de résistance sur la Somme et sur l’Aisne , pour tenter de couvrir la route de Paris .A ce moment , nous étions des sacrifiés et la guerre de 1939-1940 , était déjà virtuellement perdue.

Cette journée , qui restera pour moi « le jour le plus long » a vu se succéder une série d’événements qu’il est difficile de se représenter « à froid » : un bombardement intensif subi depuis 4 h du matin , entrainant la rupture de toute liaison entre les points d’appui , un encerclement systématique du point d’appui , un assaut final en fin d’après midi , une blessure qui me met hors de combat , la captivité pendant quelques heures , l’évasion au cours de la nuit , le retour dans les lignes françaises le lendemain au petit jour .Tout cela forme une odyssée presque incroyable .
Il est difficile d’imaginer ce que nous éprouvions alors .L’angoisse bien sûr , devant l’avalanche qui déferlait sur nous , un certain sentiment d’impuissance devant le formidable choc , mais aussi - et peut –être surtout - une sorte d’exaltation qui nous élevait au dessus de nous même , un esprit de sacrifice aussi devant une issue que nous sentions inéluctable .Exaltation décuplé pour moi par le sentiment de ma responsabilité en tant que chef du point d’appui qui m’était confié.
Tenir sur place , coute que coute , face à un assaillant cent fois supérieur , dans des conditions dramatiques , sans liaisons avec les voisins et les supérieurs , tel était mon problème insoluble .

Au milieu du bombardement intensif qui a précédé l’assaut , nous étions survolés à basse altitude , par des vagues de Stukas , qui lâchaient leurs terribles bombes sirènes .Les arbres volaient en éclats et tout le paysage avait un aspect désolé et sinistre .Quelques souvenirs de cette journée me reviennent en forme de flash :

- à la faveur d’une accalmie , la visite de mon Capitaine , venue en side-car , m’annoncer pour la soirée une contre attaque par chars ….. qui ne s’est pas produite ;
- la mort d’un de mes guetteurs , surpris par une patrouille et tué à bout portant ; le transport périlleux de son corps par trois camarades et moi-même afin de le ramener dans nos lignes .Je me souviens d’avoir pris avec émotion son portefeuille dans sa vareuse avec l’intention de le faire parvenir à sa jeune femme …. La suite ne me l’a pas permis ….

- une demande de renfort , hâtivement griffonnée en fin d’après midi et confié à un porteur , comme on jette une bouée à la mer , demande qui n’est jamais parvenu e

Ces heures de tension extrême qui , transcendent toutes les réactions que l’on peut avoir dans les situations « normales », m’ont maintenu toutes cette journée dans une attitude de résolution inébranlable en dépit , et peut être à cause , de l’importance du défi qui nous est lancé .
Hélas, nous ne savions pas ce qui nous attendait !

 

Le  petit  pont   du  hameau  de  Merlet  que  le  groupe  du  Sous  Lieutenant  VILLEY    doit  defendre

 

Vers la fin de cet après midi du 9 juin - il pouvait être entre 18h et 19 h - le bombardement auquel nous étions soumis depuis le matin , cessa brusquement .C’est alors que nous vîmes une masse imposantes d’hommes, s’étendant sur une grande profondeur ,qui avançaient résolument vers nous , venant du nord , alors que d’autres progressait vers l’Ouest et vers le sud , effectuant une manœuvre d’encerclement.
Après quelques secondes d’hésitations , pendant lesquelles mon sergent et moi même nous demandions , en scrutant l’horizon à la jumelles , s’il s’agissait de soldats français qui refluait vers nous ou d’allemands qui attaquaient , aucun doute ne fut plus possible .

Je déclenchais alors le tir des deux fusils mitrailleurs et toutes les armes individuelles qui se trouvaient à cet emplacement
Les attaquants effectuèrent alors une de bonds , répondant violemment à nos tirs et , malgré leurs pertes , continuèrent leur progression ,favorisé grandement par la hauteurs des blés non encore coupés , qui leur permettait de se camouflé aisément .Pendant cette progression , des éléments nouveaux surgissaient constamment du fond de l’horizon , l’Aisne et la Suippe ayant été franchis sur canaux pneumatiques au milieu d’un épais brouillard de fumées .

Bientôt , toute la plaine , couverte d’immenses champs de blé , fut remplie de soldats allemands que l’on apercevait dans toutes les directions .Nous avions l’impression d’être submergés !
Depuis leurs tranchées , les deux groupes de combats ne cessaient de tirer .Alors que les premiers éléments ennemis apparaissait dans les blés à quelques mètres de la tranchés , mon sergent a été tué à coté de moi d’une balle dans la poitrine et je reçus quelque instant après , une balle de mitraillette qui m’a traversé le poumon droit ….
A cet instant ou tout semblait être perdu , des impressions ressentis dans une demi inconscience restent dans ma mémoire : la certitude de la mort et la vision du champ de bataille après l’assaut .

 

Le  Sergent CHAUVIERE  ,  tué  à  coté  du  Sous Lieutenant  VILLEY

 

 

Au moment ou la balle m’a traversé de part en part , j’ai ressenti une formidable décharge électrique et je me suis effondré sans connaissance .Quelques instants après – il m’est impossible de savoir combien de temps , probablement quelques minutes - j’ouvrais les yeux dans une demi inconscience .J’étais étendu sur le dos , face au ciel , un de mes soldats arrachait ma chemise et me faisait une solide ligature avec son paquet de pansement , pour arrêter l’ hémorragie .Je respirais difficilement .Tournant la tète , j’aperçus de nombreux soldats allemands tout autour de moi et l’air retentissait de leur vociférations et de leur ordre .Plusieurs de mes soldats étaient rassemblés et violement désarmés .Un chef me salua avec un retentissant claquement de talons et m’adressa la parole avec un très fort accent : « Y a-t-il encore des soldats français dans ce village ? N’obtenant pas de réponse, il n’insista pas et s’éloigna.

Mes soldats cherchèrent une vieille planche et m’y étendirent en guise de brancard.
Un flash inattendu m’est resté en mémoire : un soldat se pencha vers moi et me fit boire une gorgé de rhum qu’il avait dans sa gourde .
Quelles furent mes réactions au cours de cette scène vécue comme dans brouillard ? en recherchant profondément dans ma mémoire , j’ai pu retrouver mes sentiments à ce moment précis .Une idée simple s’est d’abord imposé à moi : la certitude de la mort .C’est la guerre , je meurt au combat , comme tant d’autres , c’est normal .


Mais presque au même moment , comme par un dédoublement de ma personnalité , se produisit en moi une formidable réaction de tout mon être , de tout ce qui me rester de force : « non ! je vais essayer de vivre , de survivre , je ne peut rien faire d’autre maintenant .Aux milieu de ce désastre , puisque je suis encore en vie , je vais essayer d’être plus fort que la mort » Et je rassemblais toutes mes forces vitales pour surmonter le destin .

Je me souviens d’avoir été puissamment aidés dans mon combat singulier avec la mort , par le soldat qui se tenait à coté de moi et serrait les pansements autour de ma poitrine .Je haletais , je suffoquais , mais puisque je n’étais pas mort , je me raidissais dans un formidable élan vital
Nous avons été fait prisonniers et emmenés sous bonne escorte vers les lignes ennemies , qui extrêmement mouvantes et fluides , moi sur la planches portés par deux de mes soldats.
Une circonstance providentielle et le merveilleux dévouement du petit groupe de soldats faits prisonniers avec moi , m’ont permis d’échapper à la captivité en Allemagne .Ne les ayant jamais revu , je n’ai pu leur rendre l’ hommage que je leur dois , et je le fais aujourd’hui par cet écrit

François VILLEY    ,  alors  qu'il  n'est  qu'Aspirant  à  la  3ème  compagnie  en  1939

 


Au cours de la nuit , alors que nous étions parqués dans un bois et que les combats s’était quelques peu éloignés , ils profitèrent de la confusion qui régnait et de la nuit noire pour s’évader et de me faire évader avec eux .De même qu’il m’avait assisté toute la soirée , il ne voulurent pas abandonner leur lieutenant et décidèrent de m’emmener presque malgré moi , trainant ma planche à travers champs dans une direction incertaine , se relayant à tour de rôle pour porter le fardeau que je représentais

Je garde un souvenir hallucinant de cette nuit à la fois de cauchemar et d’espoir ou , cahoté et haletant , je leur demandais dans une demi inconscience , de me laisser la et de partir en courant .Ils tinrent bon toute la nuit , emmenant leur chef vers un autre destin … Le lendemain au petit jour , notre petit groupe arriva dans un village encore tenu par les Dragons de notre division .C’est la que mes sauveteurs ont du me quitter et je ne les ai jamais revus.

Emmené en camion vers l’arrière , j’ai été évacué vers l’arrière dans plusieurs hôpitaux militaire , d’abord de Cézanne , puis à Montmirail et à Troyes ou j’ai subi une intervention chirurgicale .Par la suite , au plus fort de l’exode , un train sanitaire bombardé en cours de route m’a amené à Bordeaux après trois jours et trois nuits de voyage exténuant

C’est à Bordeaux que le 18 juin 1940 , j’ai aperçu de ma fenêtre d’hôpital le défilé des troupes allemandes victorieuse se dirigeant vers le Sud…..Ce même jour , j’entendais parler dans l’hôpital d’un appel que venait de lancer de Londres un certain Général de Gaulle !

 

 

 

 

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